Un voile de brume dissimulait l’horizon. Je savais les longues plages rivant la mer, les quelques collines verdoyantes, derrière. Le jardin en restanques sentait la sauge et le lilas. Chaque recoin semblait un petit paradis invitant à la détente et la contemplation. Je m’imaginais rester là des heures, lisant un bon livre, bercé par la brise et le chant de quelques menus oiseaux. Sous mes pieds, des pétales de rose étalaient leur couleur. Novembre allait les flétrir pour de bon. Je m’approchai des derniers boutons avec précaution et humai leur parfum délicat. Les yeux encore ouverts, je vis le salon de ma grand-mère préparé pour un dimanche en famille, coquet, béni.
(si je le pouvais, je couperais ces quelques fleurs pour te les offrir)
Je m’adossai au muret de pierres sèches, songeur, mélancolique…
(sans espoir de te revoir un jour, il me faudrait tuer ce souvenir. Mais il résiste en moi comme un cadeau, une certitude. Alors, j’espère.)
Je m’assois sous une tonnelle de tamaris et crus m’assoupir un instant. Le temps, dans un soupir, s’était presque arrêté.



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