CAÏN

Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que j'étais un proscrit, rayé de la mémoire de Dieu, haï de mes congénères, maudit à jamais, ma femme et mes enfants avec moi.
J'ai tué mon frère.
Il ne sert plus à rien d'implorer le pardon, je suis seul. Fils de pêcheur, fils du méchant. Combien de foi, de justice et d'amour m'a-t-il manqué pour que je n'exécute pas mon désir sauvage et jaloux envers ma propre chair ?
J'ai tué mon frère.
Je traîne mes jours comme une amertume, un supplice. Je n'ai plus personne vers qui me tourner. Mon âme est au tourment et personne pour s'en préoccuper. Combien de dépit s'échappera encore de mon âme avant que je ne meure ? Combien de jours sans joie ?
J'ai tué mon frère.
Même si je pleure, c'est sans regrets, sans espoirs, vain et inutile. Alors je me cache… Pourtant, je continue d'essuyer les larmes des joues de ma compagne. Elle supporte mon joug. Mes fils supportent mon joug et leur vie sera désenchantée, perdue à jamais.
J'ai tué mon frère.
Je n'ai aucun remords, c'est inutile.
J'ai tué mon frère.
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