Le Vendée Globe
Autrefois, Moitessier avait montré la voie, celle de la liberté au gré des océans.
Lancé à l’aventure d’un premier tour du monde à la voile, en solitaire et sans escale, il fut à ce point grisé d’horizons qu’il ne souhaita plus s’en départir. Là où ses compagnons héroïques avaient perdu le mobile de leur rêve, épuisant leur machine sur les vagues ou leur âme en quête d’illusion, lui, prit le parti de la liberté. Totale. Sublime, comme une extase prolongée sur un lit d’infortune…
Laissant battre le cœur des hommes, ailleurs, dans un temps qui n’était plus le sien, il se fit marin de l’éternel, jusqu’au bout des possibles.
Aujourd’hui, ses rejetons s’affrontent encore à grand renfort de courage, à l’assaut d’horizons multiples, plus vite et plus loin, enchaînés à leur soif de vertige ! Ces combattants d’un autre type et d’un autre rang, bravent les eaux du globe avec panache et humilité, montrant à l’humanité toute entière que le rêve est à portée de main, de regard.
Car la vie reste un souffle de vent qui passe et peut vous amener au bout du monde.
(Jour après jour, ton absence me consume)
J’ai perdu la raison au milieu de la mer.
A trop regarder le creux des vagues,
Le reflet du soleil dans les clapotis,
Comme le danseur se saoule de musique
Puis s’abandonne vraiment au cœur de la piste.
Comme un enfant dans un nid d’eau immense,
Entre chaque horizon,
D’un bord à l’autre du chemin solaire.
Je me suis tellement évadé que j’en ai perdu la vision humaine d’un avenir sans toi.
(Nuit après nuit, ton souvenir s’efface)
J’ai perdu la raison au milieu de la mer.
Et je prie à voix haute pour me vider le cœur,
Dans un torrent de cris et de chants
Qui se heurtent à l’écho du vent.
Car lui ne me rend rien,
Que son souffle béni,
Son haleine d’amour qui me porte et me berce,
Ferme mes yeux sur une certitude de lendemain d’extase.
(Le temps passe et plus rien n’est vrai)
Tout autour, c’est l’amour, la pureté, la grâce
Qui dévorent mon âme et m’attirent vers eux.
En solitaire, en équipage,
Ton œil regardant l’horizon,
Tu lis la mer dans une page
Qui se tourne à chaque saison.
Toi le marin, toi le poète,
Tous tes mots forment des joyaux,
Filant au vent dans une fête
Plus gaie que des ballets royaux.
Toi le gars généreux et humble,
Tu rivalises de bon sens,
Quand les autres n’ont pas de rime,
Tirant des bords à contresens.
Tu as fait le tour de la terre
En laissant les autres partir,
Pour les déposer sans mystère
Et leurs beaux espoirs engloutir.
Tous des joyaux ! Tous des joyaux !
Un homme, un seul tenant la barre,
Revient de mer couvert de gloire
Devant les télés, les radios.
Ce qu’il a fait, c’est pour tous ceux,
Qui dans l’ombre avaient de grands rêves
Inassouvis, là sur la grève,
Moins téméraires ou moins chanceux.
Il a vu l’œil de chaque mer,
Tantôt en paix, tantôt en rage,
Prêt à démontrer son courage
Dans l’antre même de l’enfer !
Tous des marins ! Tous des marins !
Oui, nous partageons ton histoire,
Ton humilité, ta victoire,
En chants et en alexandrins !