NOSTALGIES MILITAIRES

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J'étais déjà debout lorsque le soleil
Alluma son premier rai.
Pas un seul bruit dans la tranchée endormie,
Même la boue épaisse attendait le jour.
Rien ne transpirait des ardeurs de la veille,
La froide nuit de mars avait englouti
Les dernières énergies.
 
J'aimais te regarder durant ton sommeil,
Partager le doux secret
D'un voile d'encens sur ta joue ennemie
Qui vient calmer le feu d'une nuit d'amour.
J'étais ton obligé. Sur ton cœur en veille,
Je dévouais mon âme en jeune apprenti,
Dans la clarté des bougies.
 
J'ai beau me souvenir et chercher conseil,
Même en ce rêve indiscret,
Je perds le dessin de ton anatomie.
Quelle est ma mission ? De crever à mon tour ?
Et voir mon corps meurtri nourrir la corneille ?
Pas question ! Quand je m'en serai sorti
Je vivrai dans les orgies !
 
 J'en ai passé des jours dans ce trou vermeil,
Attendant le couperet,
Epiant l'adversaire en temps d'accalmie,
Cédant au carnage au milieu du labour…
J'en garde une musique au fond de l'oreille
Comme un gardien de musée assujetti
A toutes ces élégies.
 
…Je suis toujours là, mais ce n'est plus pareil…
Et je n'ai pas de regret.
L'amour a disparu. Je suis la momie
Sans joie et sans espoir. Le son du tambour
Rythme mes efforts quand mon corps appareille
Et repart au combat, comme au ralenti
Au bord des fosses rougies…
 
 
Sans ton regard mon cœur est anéanti
Par ces piètres nostalgies.
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Publié dans ballade

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