BALLADE SUR LES SOUVENIRS
Que reste-t-il quand le temps dénature
Le doux reflet du délicat trésor
Qu’on ouvre avec telle désinvolture
Que l’écuyer au bois sonnant du cor
Brise au galop le frêle bouton d’or ?
Ou bien le suc, ce songe inavouable
Bu fraîchement en nectar délectable
Est-il un lien qui rappelle à ce lieu
Puis nous condamne au tourment implacable…
Les souvenirs sont un cadeau de Dieu.
Que nous faut-il en actes de droiture
Voler au loin en douloureux essor
Et chaque fois revivre l’écorchure
D’un passé lourd à consoler encor
Mais qui revient affliger le décor ?
L’impression devient inéluctable
Dans un sursaut l’esprit jaillit, capable,
Arrache net et sans trembler l’épieu
Qui nous perçait, alors insupportable…
Les souvenirs sont un cadeau de Dieu.
Peut-être que c’est une âme immature
Perdue au fond d’un vaste corridor
Qu’on vient traîner puis jeter en pâture
En proie amère aux serres du condor
Tournoyant seul autour d’un soleil d’or…
L’instant d’après, une trace impalpable
Fait rejaillir un moment formidable,
Mordant le cœur de bien-être, au milieu,
Pour caresser ce rêve insaisissable ;
Les souvenirs sont un cadeau de Dieu.
Père adoré, tu ne gardes que l’agréable
Au fond des yeux en source inépuisable
Quand quelqu’un part, il ne dit pas « adieu ! »
Mais aucun mur ne reste infranchissable
Les souvenirs sont un cadeau de Dieu.
avril 2005, à mon père.
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