L'ENNUI
Le temps se meurt comme un vieux légume fripé
Que l’on n’a pas cueilli lorsqu’il était adulte
Et dont on voit le suc lentement s’échapper.
C’est donc l’ennui, si froid, qui vient comme une insulte
Nous jeter au visage un dégoûtant reflet,
Qu’on tairait volontiers mais qui pourtant exulte…
Et cette lassitude ternit mon palais,
Transforme mes jardins en plaine monotone
Où se pâme le vide, où le vert devient laid.
Gourmont disait pourtant que l’ennui qui bourgeonne
Vaut bien mieux qu’un plaisir médiocre ou limité,
Qu’en ces moments fanés notre esprit se façonne.
Moi, je ne veux rester dans l’uniformité,
Ni vraiment immobile au fond d’un mauvais songe,
Car je n’y vois ni jour, ni charme, ni beauté,
Juste une absence au cœur, un embarras qui ronge
Et lentement détruit mes espoirs de futur,
Tant mon rêve éveillé se réduit au mensonge…
L’ennui comme un poison qui me blesse à coup sûr !
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